J'ai été adopté à l'âge de deux ans. Tous mes souvenirs conscients sont liés à ma mère. Non pas la femme qui m'a donné naissance, mais celle qui m'a élevé, qui m'a appris à lacer mes chaussures, à lire et à croire que le monde est un endroit merveilleux, pourvu qu'on sache où regarder. Maman Maya. Elle était mon univers, mon havre de paix, mon seul repère.
Elle m'aimait d'un amour silencieux et dévoué, un amour qui se comprend sans mots. Je le sentais dans la façon dont elle préparait ma moussaka préférée, dans la légère caresse sur mon épaule quand je veillais tard pour étudier, dans l'inquiétude dans son regard quand j'avais de la fièvre. Mais il y avait une ombre dans cet amour, une porte close que je n'ai jamais eu le droit d'ouvrir.
« Ne t'approche jamais de ta mère biologique. Promets-le-moi, Martin. »
Ces mots ont été prononcés quand j'avais dix-huit ans. À l'époque, emporté par l'insouciance de la jeunesse, je n'en comprenais pas pleinement la portée. J'étais à l'aube de ma vie, plus enthousiaste à l'idée de mes études d'architecture, de ma première relation sérieuse et de ma liberté. La question de mes origines relevait davantage d'une énigme théorique que d'un besoin émotionnel.