Cette femme, c'était Darina. Pas une inconnue, mais Darina, l'épouse d'Asen, l'un des hommes d'affaires les plus influents et les plus riches du pays. Son visage s'affichait partout : en couverture des magazines, à la télévision, sur les portails d'information. Icône de style, philanthrope, figure inaccessible d'un monde infiniment éloigné du mien. Un monde de villas luxueuses, de galas de charité et de guerres d'entreprises.
Assise à l'arrière, enveloppée dans une couverture en cachemire malgré la chaleur ambiante, elle paraissait plus fragile et plus fatiguée que sur les photos. Des cernes se dessinaient sous son maquillage impeccable, et une pointe de douleur persistait au coin de ses lèvres. Malgré cela, elle dégageait une élégance innée, inestimable. Ses yeux, semblables aux miens et à ceux de Daniel, me fixaient d'un regard indéchiffrable, un mélange de désir, de peur et d'une tristesse infinie.
« Martin », murmura-t-elle, mon nom comme une prière sur ses lèvres.
Je restais là, sur le trottoir, sous la pluie glaciale, incapable de bouger ou de parler. Mon cerveau refusait d'assimiler l'information. Cette femme, cette célébrité, cette étoile lointaine dans le ciel des médias… c'était ma mère. Celle que Mama Maya m'avait juré de ne jamais approcher. Maintenant, je comprenais pourquoi. Ce n'était pas une question de pauvreté ou de honte. C'était à cause de ça. Ce monde de pouvoir, d'argent et de danger qui se cachait derrière une façade clinquante.
Daniel me poussa doucement du coude. « Monte. S'il te plaît. »
J'obéis instinctivement. Je montai dans la voiture et fermai la portière. Le bruit de la pluie s'estompa, remplacé par un silence assourdissant dans l'habitacle. L'air était saturé de parfums coûteux et d'odeurs de cuir neuf. Je me sentais piégée.
« Toi… » commençai-je, mais ma voix s'éteignit.
Darina tendit sa main ornée d'une bague, mais n'osa pas me toucher. « Je sais que vous êtes sous le choc. Je sais que vous avez mille questions. Et je sais que je n'ai pas le droit de vous en poser. »
« Alors pourquoi êtes-vous là ? » demandai-je, hésitant sur le « êtes » pour créer une distance.
Elle baissa les yeux. « Parce que je suis en train de mourir, Martin. »
Ces mots planèrent dans l'air tendu. Je l'observai, cherchant le moindre signe de mensonge sur ses lèvres parfaitement dessinées, dans l'expression de son regard. Je ne vis qu'une sincérité douloureuse.